Fév 23, 2015

Rue Oberkampf

C’est un spectacle en jeu de l’oie : celle d’un chanteur débutant en quête du grand Johnny Originel. Pour le retrouver, il doit descendre la rue Oberkampf et surmonter de nombreux obstacles : agences pôle emploi, boucheries chevalines, PMU, boites de nuits et maison de productions carnassières… Il devra batailler dur pour arriver jusqu’en bas de la rue. Armé de sa nécessité poétique et de sa vanité auto-centrée, Elie vous fera vivre la grande fuite en avant de notre siècle. Une épopée truculente et poétique des café-concerts parisiens.

Affiche rue Oberkampf legere

Après 10 années passées à composer et interpréter des chansons, me voilà soudainement conteur et comédien. Avec le recul, on aperçoit les germes de cette reconversion dans le spectacle Paris-Brest ou dans certains textes accidentels comme Le poète qui s’ignore. Il n’empêche que j’ai été surpris.

 

C’était en Février. Il pleuvait fort sur la Bretagne et j’avais décidé de passer une semaine à la mer. Je n’avais aucune commande de chanson en train, aucune idée de chanson non plus, la pluie battante n’invitait pas à la promenade et mon livre était terminé. Je n’avais que deux choix : l’ennui ou l’invention. J’ai donc posé mon dictaphone devant moi, avec la vague idée de romancer les aventures du Lavomatic Tour, mais au moment de parler, j’ai repensé à cette question, posée par Jean Rouaud lors d’une conversation, deux mois auparavant : « Si tu n’avais qu’une seule chose à dire, qu’est-ce que ce serait ? ». Dès la fin de sa question, j’avais formulé la réponse. C’est une vieille obsession, une phobie à travers laquelle je lis le monde qui m’entoure. Elle trouve sa source dans de vieilles moqueries, de vieux questionnement sur l’ouverture et la différence. C’est elle qui m’a poussé à devenir artiste, c’est elle qui m’a amené chez les Kurdes de Turquie et d’Irak. C’est le massacre de la diversité.

 

C’est, à mes yeux, le mal de l’époque. Une conséquence fâcheuse de la mondialisation, peut-être… De notre paresse, sans doute. Ce massacre concerne la variété des langues, des plantes, des animaux, des comportements, du vocabulaire, l’urbanisme, les cultures… il peut être résumé à travers une phrase de Pasolini :

 

« Cette acculturation que le fascisme n’a jamais pu obtenir, le pouvoir d’aujourd’hui, c’est-à-dire celui de la société de consommation, a parfaitement réussi à l’obtenir en détruisant les différentes réalités singulières, en tronquant les réalités… les différentes manières d’être que l’Italie a produites d’une manière historiquement différenciée. Et cette acculturation est en train de détruire l’Italie. »

 

Pasolini cité par Del Papa, 1996.

 

J’ai voulu évoquer ce problème global à travers un cas particulier : le mien. Celui d’un chanteur tentant de s’exprimer dans toute sa singularité, aujourd’hui, à Paris. Comment conserver cette singularité dans une industrie qui, comme toutes les industries, a besoin de produits formatés ? La matière première de l’artiste, c’est sa différence. Son métier, c’est de la cultiver, de l’exprimer, de l’enrichir. Mais cette différence, une fois brandie, peut rencontrer un phénomène de rejet car une esthétique nouvelle semble toujours bizarre. Mais avec le temps, le rejet peut se changer en ouverture. C’est l’histoire de la plupart des grands noms de la création, de Van Gogh à Stravinsky. A ma modeste échelle, j’ai rencontré ces rejets, ces censures, ces arrangements : on m’a proposé de polir, de raccourcir, d’amputer et chaque fois que j’ai accepté, je l’ai regretté.

 

C’est donc cette histoire, romancée, fantaisiée, stylisée, que je raconte aujourd’hui. Il fallait y mettre tout ce qui me constitue, tout ce que je sais faire, bien ou mal : chanter doucement, brailler, jouer de la guitare, penser, faire rire, inventer des personnages, être ridicule, ne rien faire et juste être. Dans une singularité non préméditée.

 

elie-guillou_2014-10-17_@flavie-girbal-7176

Retrouvez les prochaines dates de spectacles dans la partie Concerts.

 


Revue de presse :
1) Nos enchanteurs

2) Hexagone

3) Just Focus

4) Que j’adore Paris

5) La tête de l’artiste

6) Criticomique

7) Les trois coups

 
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Lavomatic tour

Prochaine étape à 14000 Caen :
Le 29/06/2017 à 18h30
Prochaine étape à Rouen :
Le 07/06/2017 à 18h30
Prochaine étape à Rennes :
Le 01/06/2017 à 19h00

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