Août 1, 2011

Paris-Brest

 

Au mois de mai 2009, j’ai fais une tournée à pied de Paris à Brest en 30 jours et 30 concerts. Muni de mes bâtons de randonnée, je suis allé jouer dans des bars, des maisons de retraites, des piscines, des balcons, des champs, des salons, des clubs de sports, des stations-services…

 

Bien sûr, il y avait une blague avec le gâteau ! Mais on ne fait pas 650 kilomètres à pied pour un mauvais jeu de mot. Symboliquement, Brest est la ville où mon père, Gérard Delahaye, a commencé à chanter et j’avais à cœur d’affirmer cet héritage. Et puis il y a ces histoires, lues dans les livres de Woody Guthrie, qui donnent envie d’aller user ses couplets contre le courant de la vraie vie, comme on l’appelle depuis nos petits studios parisien.

 

Lorsqu’on la cherche, la vraie vie ne se laisse pas attendre et les anecdotes s’entassent. Dès la première nuit, dans la triste ville de Coignère, le veilleur du Formule 1 se fendait d‘un concerto de guitare classique – pas trop fort car c’est interdit. Pour nous remercier de lui avoir prêter l’oreille et l’instrument, il nous fit cadeau de barquettes de Nutella réservée pour le petit déjeuner. C’était interdit aussi. Plus loin, à Mamers, un concert spontané s’organisait, en tailleur sur le bitume, devant le balcon de deux jeunes jouant à la Playstation. Quatre amis furent recrutés d’urgence, triplant ainsi le public, tandis que je me lançais dans une improvisation sur la robe de chambre de l’adjoint à la culture de la ville. Parmi les 6 personnes présentes, il y avait son fils.

 

 

Au fil des jours, toutes ces villes qui n’étaient jusqu’alors que des panneaux fonctionnels sur l’autoroute A11 devenaient des bocages pleins de rencontres, d’aventures, de réflexions. Rythmée par le bruit des bâtons sur le bitume, la pensée laissait peu à peu la place à la contemplation et la fatigue, au bout de chaque étape, offrait aux concerts la spontanéité nouvelle d’un récital en chaussures de randonnée. Jour après jour, j’apprenais mon pays. Le Perche et ses bosquets, la Beauce et son colza, les fleurs, la neige de mai, les Bretons et leur mauvaise foi, les punks à chiens, les paysannes, les villes nouvelles… le tout rythmé par mes premières interviews pour Ouest-France, le Télégramme ou France Bleu Armorique.

 

À Sillé-Le-Guillaume, à l’issue d’un concert au La Ré Do passé à tenter d’attirer l’attention d’un public de motard venu pour le grand prix du Mans, un homme aviné m’a simplement dit : « Il faut leur parler, aux gens ». Au fil des 300 kilomètres qui ont suivis, j’ai eu le temps de repenser à cette remarque et d’en saisir la simple profondeur. On me demande souvent quelle importance cette aventure a eu dans mon parcours. Aujourd’hui, je peux répondre. En partant de Paris, j’étais un chanteur qui voulait devenir connu. En arrivant, à Brest, j’étais chanteur public.

 


 

Cette aventure a fait l’objet d’un spectacle que je tourne actuellement un peu partout et d’un DVD regroupant 31 vidéos

 
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Lavomatic tour

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Le 02/11/2017 à 19h00
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Le 08/06/2017 à 19h
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